Salar d'Uyuni, Sucre et l'exfiltration : dix jours de Bolivie à moto
« Todo asfalto, qu'ils disent. Que dalle. »
Dix jours en Bolivie, du salar d'Uyuni jusqu'à la frontière chilienne. Entre les pénuries d'essence, les blocages routiers et un amortisseur qui nous lâche au milieu de nulle part, on aura eu droit à la totale. Et pourtant, on en garde un souvenir énorme.
Le salar d'Uyuni en 4x4 : on assume
Ce n'était pas l'envie qui nous manquait de rouler avec nos motos sur l'infinité blanche du salar, mais retrouver du sel dans chaque recoin et découvrir des points de rouille trois semaines plus tard, non merci, certain en on fait les frais, on ne tentera pas notre chance ce coup ci. On a donc préféré payer un guide. Welcome Bolivia Tour, rendez-vous à 10h30, départ à 11h. Tranquilo, tranquilo.
On partage le 4x4 avec un couple d'Italiens et un couple de Brésiliens, et on nous colle au fond du véhicule, comme les sales gamins au fond de la classe. Premier arrêt, le cimetière des trains : blindé de touristes, et on en fait partie. Vingt minutes prévues, quarante minutes sur place. Pas pressés,les Boliviens. Ensuite on se dirige vers le musée du sel, mais avant il faut récupérer la nourriture, un vélo (?) et changer la plaque d'immatriculation (??) Vraiment pas pressés les Boliviens. La démonstration sur l'extraction du sel n'est pas incroyable, et bon en "presque breton" qu'on est, ça va on connaît. Et puis le musée : trois statues de sel qui se battent en duel. Enfin, nous ne parlerons pas du marché de Colchani derrière: un vrai piège à touristes.


Mais à 13h15, enfin, le Salar. Cette étendue de blanc... On est scotchés. Premier stop au milieu de rien pour marcher sur le sel, c'est immense. Puis le monument Dakar, le monument des drapeaux. Être là, c'est presque émouvant. On déjeune à l'hôtel de sel, où on croise des motos : quand on voit le sel incrusté sur la jante d'une Royal Enfield, on est contents d'être venus en tour organisé. Le risque de mal nettoyer est réel. Par contre l'ambiance du groupe n'est pas waouh. Adeline tente de lancer la discussion, ça ne prend pas. Elle va être longue, cette journée.
Après la pause déjeuner, on nous propose une visite des sculptures de sel mais on préfère tenter une séance photo, et là ça marche : avec la perspective sur le blanc, on se marre et on a de quoi remplir un album Instagram pour six mois.


Mais le meilleur reste à venir. Le coucher de soleil sur la zone humide : les lumières se reflètent dans l'eau, c'est un miroir parfait. Plus le soleil descend, plus c'est beau. On n'a pas de mots. Aucun regret d'avoir pris une agence, ce spectacle-là, on ne l'aurait pas eu à moto. Demain on prend la direction de Potosi, enfin...si on trouve de l'essence!
Potosi : la première épreuve, c'est le plein
La situation est compliquée dans le pays, il y a des troubles sociaux, mais on veut tenter notre chance pour découvrir le pays. Jusqu'à Potosi, normalement, pas de problème. On va tester.
10h30, la station YPFB à côté de notre hôtel est fermée et il y a une queue de l'enfer. Ça commence bien. Adeline va demander aux Boliviens qui patientent : il y a de l'essence, mais il faut faire la queue. Sauf qu'il y a trois files. On se met dans l'une d'elles et un gars nous explique qu'ici, ils ne vendent pas aux étrangers. Oui oui, en Bolivie, toutes les stations ne servent pas les étrangers. Adeline vérifie directement auprès des vendeurs : confirmé, inutile d'attendre. Thomas regarde la carte et se rend compte qu'on n'est même pas à la station officielle. On y file, et là, nickel : comme à San Cristobal, on nous fait passer devant, sans doute parce qu'on a des motos avec de petits réservoirs. Le pompiste est adorable, Adeline s'assure de la qualité de l'essence et lui raconte notre aventure. Il est sur le cul, mais cette fois on a notre plein sans eau en bonus.
220 km, 100 % asphalte, beaux paysages vallonnés. Par contre les détritus sur le bas-côté nous choquent, c'est une déchetterie à ciel ouvert. Dommage, parce que c'est très beau. Le midi, on s'arrête dans un tout petit village : le choc avec l'Argentine et le Chili est brutal, on ressent la pauvreté. Soupe et milanesa de pollo. Les locaux payent 18 bolivianos, nous 25. On ne dit rien : pour nous ça reste une bonne affaire, et eux ont besoin d'argent.

On arrive à Potosi vers 16h. C'est une ville surprenante, nichée sur la montagne. De prime abord elle a l'air pauvre, cassée, pas finie, et puis le centre historique est plutôt luxuriant. Le contraste est saisissant. Ce qui l'est moins, c'est la file d'attente devant la station-essence qui semble s'étendre sur des kilomètre, les gens dorment dans les voitures. C'est quoi ce bordel ? Et l'arrivée, folklorique : des manifestations, des bouchons dans tous les sens. Il nous faudra plus de deux heures pour atteindre l'hôtel. L'enfer. Sur place, il y a des marches pour accéder au logement: mais on met où les motos ? On décide donc de changer d'endroit. Un Bolivien nous aide à trouver notre chemin, ils sont vraiment adorables. Finalement, on trouve un hôtel avec un vrai garage et plutôt confortable: les motos et leurs propriétaires vont être bien!
Le lendemain, on se pose. Au petit-déj', on croise le propriétaire d'une Himalayan chilienne qui est garée à côté de nous et qui n'est autre qu'un Français. On lui déconseille de faire la route des lagunes seul, sans balise ni GPS : trop risqué. Lui nous annonce qu'il est impossible d'avoir de l'essence à Potosi. Ça ne nous rassure pas, parce que sans essence on est bloqués. On file visiter la ville, on verra cela plus tard. L'entrée du musée de la monade est un peu cher, on décide de passer notre tour. En revanche, on découvre le marché et les têtes de taureau posées sur le trottoir. L'hygiène, c'est pas encore ça. L'après-midi on se lance dans notre mission essence, et finalement c'est plus simple que prévu. A la station officielle, on demande si on peut acheter et s'il faut faire la queue: en 10 min nos réservoirs sont pleins. Finalement, le plus long aura été d'accéder à la station, la circulation ici est une catastrophe.
Au retour, Thomas se met au montage vidéo et Adeline appelle les copines. Après sept mois de voyage, il faut bien avouer qu'un manque se fait sentir. On en a marre de plier et déplier tous les jours, de changer de lieu en permanence. On a envie de voir les copains, ça fait trop longtemps qu'on n'a pas fait la fête. Cette heure au téléphone fait un bien fou au moral.
Vers Sucre : pousser les motos, barrage après barrage
150 km sur le papier. Avec les blocages, on ne sait pas du tout comment ça va se passer. On fait 30 km avant de tomber sur le premier : on peut passer, à condition de pousser les motos. OK, bon, bah go. Quelle galère, surtout pour Adeline. En plus, on est beaucoup trop couverts, on crève de chaud.
Avant le deuxième barrage, un motard bolivien nous conseille de ne pas y aller : a priori, ils crèvent les pneus... Il nous propose de le suivre par les chemins, il va à Villa Villa qui est sur notre route. Nous voilà en session off-road improvisée. Il roule bien et on est plus chargés que lui, mais il est cool, il nous attend. On fait un détour de 15 km pour gagner 3 km par rapport à la route. Et paf, nouveau barrage. On négocie, on explique qu'on veut sortir du pays, ils nous laissent passer. Plutôt cool, les gars, mais il faut encore pousser. Thomas doit aider Adeline, sa moto est trop lourde. On pousse jusqu'à un troisième barrage, et là, vu comment on galère, ils nous autorisent à allumer le moteur dans la côte. Ouf. En haut, notre guide (dont on ne connaîtra jamais le nom) attend de l'essence, livrée à vélo. L'occasion de discuter avec lui et avec les manifestants, plutôt sympathiques au demeurant, de la situation dans le pays.
Sur la suite, le début de la piste n'est pas facile, paf, la chute pour Adeline. Rien de méchant, mais en repartant elle constate que le guidon est tordu. Oups. Tant pis, il faut avancer. Deux autres barrages sans difficulté, la piste devient plus roulante et les paysages sont incroyables. Par contre on trace, pas le temps de déjeuner. Cela dit, le mix thon-lentilles en réserve ne nous tentait pas plus que ça.
On arrive à Villa Villa à 15h30, il reste 50 km. Dernier blocage : ils veulent de l'argent pour réparer le pont un peu plus loin. On dit qu'on n'a pas de cash et ça passe. On prend une photo avec notre guide mystère avant de se dire aurevoir, et on arrive au fameux pont : des planches en bois posées sur des rails de chemin de fer. Merde, on aurait peut-être dû donner de l'argent. Adeline est incapable de faire la manœuvre, Thomas s'en charge. Et nous voilà de l'autre côté. On n'avance pas vite, mais on avance. Et au bout, l'asphalte ! Il est 17h. Plus que 10 km.
Sucre : chez Javier, la fête et la journée de la Mama
On est logé chez Javier, le sensei du dojo de kendo de Sucre. On arrive sales, affamés et un peu cassés. Sa maison est immense et magnifique, on comprend vite qu'il a des moyens bien supérieurs à la plupart des Boliviens. Mais c'est intéressant de découvrir toutes les facettes d'une société pendant notre voyage. On se déshabille dehors, vu notre état c'est plus prudent, et direction la douche. Ça fait un bien fou. Le soir, dîner dehors et concert pour la fête de l'indépendance. Foule monstrueuse, on se met dans un coin où on ne voit pas grand-chose, tant pis. On boit de la "Canelo", une infusion de cannelle avec du rhum et du citron, et on teste pour la première fois la feuille de coca. Bon. On ne comprend pas trop pourquoi ils en prennent tous, mais on aura testé.

Le lendemain est férié. Javier nous emmène à la Feria place de la Recoleta. Sur ses conseils on teste le chorizo et le mondongo, une sorte de ragoût de porc. Ce n'est pas fou mais c'est correct. L'après-midi, on reste devant le concert à regarder les gens danser, puis on file manger une glace et boire un jus de pamplemousse acheté à un petit vieux place du 25 mai. La Bolivie ce n'est pas chère, mais du coup on claque de la thune ! Le soir, Adeline se met au fourneau pour remercier nos hôtes : 350 bolivianos de courses pour deux repas, punaise, c'est plus rentable de manger dans la rue.
On reste quelque jours à Sucre mais vue la situation actuelle, on décide de faire le plein d'essence tant que la station service est ouverte. Ainsi, dès le 2e jour, on part pour une mission essence avec l'aide de Javier. On ne rencontre aucune difficulté à remplir nos réservoirs, mais pour les bidons c'est une autre histoire : en tant qu'étranger, on ne peut pas prendre plus de 5 litres. Les Boliviens doivent eux mêmes solliciter une autorisations, heureusement qu'on est accompagné de Javier qui dépose une demande et obtient un accord. Grâce à son aide, On repart avec de quoi rentrer au Chili.
Le midi, on déguste un boeuf bourguignon avec les parents de Dalinka avant d'aller visiter le coeur historique de Sucre dans l'après midi. On passe à table à 13h et à 13h40 on nous dit « Go, vamos ! ». On pensait avoir cinq minutes pour préparer nos affaires, mais non, c'est départ immédiat. Nous qui avons l'habitude de prendre notre temps, c'est un peu speed! On retrouve Grover, notre guide de l'après-midi, qui parle français. On visite la Casa de la Libertad, où on apprend énormément sur l'histoire du pays, avec Juana l'héroïne et le général Sucre qui a donné son nom à la ville. Puis la cour constitutionnelle, le parc Bolivar, la Recoleta, le mirador. On visite même l'école où Grover enseigne le français : et nous voilà devant un groupe de jeunes, à parler français pour qu'ils entendent la langue et à baragouiner en espagnol pour leur expliquer que le plus important, c'est de se lancer. On termine à San Sebastián et on une vue magique sur la ville depuis le toit. Par contre, les normes de sécurité... Balustrade basse, escalier sans protection. On est en Bolivie, quoi. Quatre heures de visite privée pour 180 bolivianos, tarif très correct, et on a adoré.



Dernier jour, c'est la journée de la Mama et on est invités à un déjeuner familial chez les parents de Javier. Teresa, sa maman, est ravie de nous montrer sa collection de tours Eiffel. On a l'impression d'être chez papy et mamie Laurenson. On nous demande de lire un poème, ils veulent entendre du français : Adeline s'y colle avec La Cigale et la Fourmi. Ils réclament aussi une chanson, mais Thomas n'ose pas se lancer. Du Garou ? Non merci. La Marseillaise ? On a honte, mais on ne connaît pas les paroles. On est crevé de toute cette agitation et de ces échanges en espagnol, mais on a conscience d'avoir partagé un moment de vie que peu de touristes vivent. La journée de la Mama célèbre l'engagement des femmes dans la libération du pays et le rôle des mères. Ça nous en apprend plus sur leur culture que n'importe quel musée.
L'exfiltration : Maragua, les chutes et un pied sous 200 kg
Après ce séjour à Sucre, il est temps de reprendre la route. On décide de ne pas aller plus loin en Bolivie. Avec les pénuries d'essence et les blocages, cela pourrait vite devenir compliqué. De Sucre, c'est encore faisable. Pour éviter les blocages, on passe par le cerro Maragua, Potolo, puis Maragua deuxième du nom. Départ à 10h15, nos hôtes ont l'air un peu inquiets pour nous. Ça patine au redémarrage, mais globalement le chemin est large et facile. On traverse le cerro Obispo, un grand espace avec des traces de préhistoire. Thomas ne loupe évidemment pas l'occasion de faire une blague. On en prend plein les yeux, vraiment, la Bolivie, c'est très beau.
À Potolo, on mange pour 20 bolivianos à deux et on discute avec les gens pour savoir par où passer. On est prêt à repartir, sauf qu'un camion bloque la voie. Il y une rivière en contrebas et beaucoup de pierres qui bloquent le chemin. Impossible pour nous de passer. Ils nous annoncent trente minutes d'attente et surtout énormément de blocages sur cette route. Ils nous conseillent un autre chemin, difficile au début mais ça passe.
Quelle erreur. Le début est dur, sauf que ça dure 10 km. Adeline chute une première fois, sans encombre. Puis le chemin devient tortueux, en flanc de falaise, et avec les bidons d'essence on est lourds. Thomas attend Adeline et paf, la chute. Et en plus il perd de l'huile. Moment de flippe : si le carter est cassé, c'est la merde. Mais non, c'est probablement juste un trop-plein. On repart en râlant. Plus loin, nouvelle chute d'Adeline. Elle hurle, son pied est coincé sous la moto. 200 kg qui reposent sur un pied, ça fait mal. Thomas galère avec sa béquille, il met un temps fou à arriver, et enfin la libération. C'était horrible. Le pied est douloureux mais ça n'a pas l'air trop grave, et de toute façon il faut repartir : on est au milieu de nulle part.
On arrive à Maragua, deuxième du nom, à 17h mais il n'y a pas de logement ici, il faut aller jusqu'à Macha situé à 45 km. « Todo asfalto », qu'ils disent. Que dalle : du sable et du ripio sur 17 km avant de retrouver le goudron. La nuit commence à tomber, mais on nous confirme qu'il n'y a aucun blocage. Arrivée à 18h30, on trouve facilement un « hôtel » ou plutôt une chambre dans une cour, avec des sanitaires douteux, mais ça fera le job : il y un garage pour les motos et des draps qui ont l'air propres. On est épuisé, Adeline a mal au pied, Thomas à la cheville et on a très faim. On trouve un resto qui nous sert du poulet avec un mix de féculents, c'est parfait. Un vieux monsieur, le père des propriétaires, nous donne des conseils pour demain. On comprend l'essentiel. On file enfin se coucher dans notre lit tigre, au chaud. On est bien content que cette journée soit terminée.

Huit blocages en un après-midi, et une cellule religieuse pour dormir
On ne dort pas si mal dans ce lit tigre, finalement. Dans le village on est un peu une attraction, des touristes à moto, ils ne doivent pas en voir souvent. Le matin, avant notre départ, le petit vieux rencontré la veille nous explique qu'il vaut mieux passer par Cruce Culta, ou Vincilla, c'est la même chose : l'axe le plus facile. Plusieurs personne viennent d'ailleurs nous donner des conseils sur la route à prendre. Avec tout ça on ne décolle qu'à 11h, mais au moins c'est de l'asphalte. Nickel.
40 km sans souci, et voilà le premier blocage. Adeline se dévoue et va parlementer : aucun problème. Sortie de la ville, rebelote. On explique qu'ils nous ont laissés entrer, pourquoi refuser la sortie ? Ils nous rassurent, ils voulaient juste discuter. Pour finir la matinée, 35 km de piste afin d'éviter un blocage à Challapata. Piste facile, sauf un petit passage de col où Adeline chute : elle n'a pas bien vu la piste avec le camion devant elle. Rien de grave. En plus, on profite d'une vue sur un lac, trop beau. Vu la journée d'hier, à la deuxième difficulté, Adeline passe le relais à Thomas. On ne prend pas de risque avec son pied. C'est galère pour lui, l'Himalayan n'est pas à sa taille, mais ça passe.
Il reste 120 km jusqu'à Santiago de Andamarca, et ce n'est que de la route. On espère être dans une zone plus tranquille. Quel échec. Pas moins de huit blocages sur l'après-midi. À chaque fois on passe sans payer, mais c'est une négociation permanente. Assez insupportable. Ce n'est pas forcément compliqué, mais c'est un peu d'appréhension et de stress à chaque barrage. Par deux fois, Thomas doit passer des dunes de sable : on enlève les bagages, on pousse, on recharge.
Finalement on arrive à destination vers 18h. Adeline avait repéré une ville avec des hébergements mais les deux logements du village sont fermés. C'est la mierda. Le prochain village est à 40 km, et rien ne dit qu'on ne tombera pas sur un blocage. Il commence à faire nuit. Adeline retourne sur la place où nous avons rencontré des gens à notre arrivée, explique la situation et demande si quelqu'un connaît une famille qui pourrait nous héberger. On n'est pas exigeants, on se fiche de la douche, on veut juste un lit au chaud. On y va au culot et ça marche. Ils parlent entre eux dans une langue qu'elle ne comprend pas, et finalement ils nous trouvent une solution : une sorte de cellule religieuse, deux lits en paille, de l'électricité et quatre murs. On sera bien ! On file manger, mais il n'y a plus rien. Une assiette de riz avec une aile de poulet pour deux, point. On rentre vingt minutes plus tard finir les cacahuètes qu'il nous reste. Ce soir ce sera light, mais au moins on dort au chaud.
Pisiga : l'amortisseur se fait la malle, et on répare
Vers 9h, notre sauveur débarque, ils ont leur messe dans le bâtiment. Plein de gens nous saluent, on voit même une dame arriver avec son bébé lama.

On tente un café sur la place, mais tout est fermé. Une femme nous propose de nous faire de l'eau chaude chez elle, trop sympa. Elle nous prépare une infusion, nous parle un peu de sa vie, et essaye de nous vendre un gilet en laine de lama. 200 bolivianos, ce n'est pas cher, mais c'est trop encombrant. Elle revient avec un bonnet à 20 bolivianos : cette fois on accepte, et on lui offre 10 bolivianos de plus pour le thé. Elle a l'air ravie, on est content d'avoir pu l'aider. On note quand même qu'elle le sens du commerce.
Avant de partir, nos hôtes nous donnent des conseils qui se révèlent excellents : de la piste roulante, 65 km en 1h30, puis on trace jusqu'à la frontière. Ici, aucun barrage, c'est trop cool. Par contre toujours rien pour manger, ce sera un paquet de chips et une barre de céréales sur la place de Huachacalla. On arrive Pisiga vers 16h, on choisit un hôtel avec douche chaude à 180 bolivianos la nuit. Après deux jours sans douche, quel bonheur, on est refaits-.
Vers 17h, on se lance dans l'entretien des motos. Et là, c'est le drame. Adeline a perdu le boulon qui retient la vis entre la biellette et l'amortisseur, du coup l'amortisseur se fait la malle. La merde. On démonte le réservoir : a priori rien de grave, le haut de l'amortisseur est en bon état, mais il faut des joints et une vis à la bonne taille pour réparer. Coup de bol, un magasin fait un peu de ferretería et on trouve les joints qu'il faut, de quoi limer les spacers, plus une vis et un boulon. 45 bolivianos le tout. La découverte du problème avait donné lieu à une belle engueulade, Thomas qui s'inquiète et Adeline qui essaye de positiver. Une fois les pièces trouvées, on est nettement plus serein : dénicher ces joints ici, c'était inespéré.
Le lendemain, on y passe la journée. Le plus dur, c'est de redresser la biellette déformée. Mais avant tout, il faut tout démonter. On ne l'avait jamais fait, et franchement, le plus compliqué aura été d'enlever le réservoir. Thomas travaille au calme, nettement plus serein qu'hier. Les rôles se sont inversés, c'est plutôt Adeline qui s'inquiète maintenant. Il réussit à remettre les spacers, trop cool. Reste à trouver un mécanicien pour la biellette : on demande au chauffeur de taxi, et en dix minutes on l'a trouvé. Il a un étau, nickel, et il nous file même un coup de main pour positionner l'amortisseur. Trente minutes plus tard, tout est en place.
Peu de risque que ça se défasse à nouveau vu la difficulté à enfiler la vis. On espère juste que les spacers vont tenir dans le temps.
Hier la situation semblait désespérée, aujourd'hui on est vraiment content. À 15h tout est remonté, et on enchaîne sur l'entretien des chaînes en vérifiant toutes les vis au passage. On en ressort grandi : on a réussi à se dépatouiller, en restant calmes et solidaires, une fois l'engueulade passée. C'est aussi une bonne leçon. Ici en Amérique latine, ils n'ont pas grand-chose, mais on trouve toujours de quoi réparer. Ils ont le sens de la débrouille. Et les gens ont été adorables avec nous, du premier au dernier. Vraiment, la Bolivie, on a adoré. Demain, on repasse au Chili.
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