Route des lagunes: flamants roses, Arbol de Piedra et eau dans l'essence
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Route des lagunes: flamants roses, Arbol de Piedra et eau dans l'essence

« On avait pas prévu l'eau dans l'essence. Mais on avait pas prévu les Boliviens non plus. »

la route des lagunes depuis San Pedro de Atacama jusqu'a Uyuni. Une des traces moto les plus rude du monde: 450 km dans l'altiplano Bolivien sans station-essence, -8°C la nuit et des paysages qu'on n'aurait pas imaginé.


San Pedro : l'entretien et les derniers préparatifs

Avant la route des lagunes, il y a la logistique. Vidange des deux motos et changement des plaquettes de frein arrière. San Pedro est trop touristique et trop petit pour trouver les pièces ou les outils. On a activé notre réseau chilien et déniché un garage à Calama, 100 km plus loin. 20 000 pesos la main-d'œuvre pour la vidange, on décide de tout leur confier. Ça nous évite de chercher comment gérer l'huile usagée.

On file à la station avant de prendre la route vers le garage. On y croise quelques motards argentins. Ils sont en admiration devant l'Himalayan, et encore plus devant Adeline : une femme au guidon, waouh ! La voilà prise en photo. On échange des contacts pour avoir des tips sur le Pérou... on n'est pas très en avance, le mécano attend.

Le désert entre San Pedro et Calama est incroyable. Puis 80 km de ligne droite au milieu de rien. On arrive au garage vers 11h15 et on est pris en charge immédiatement. À 15h, c'est prêt. Thomas a surveillé les travaux de près, sauf la tension de chaîne : un peu trop tendue, à régler avant de repartir. Au total, 30 000 pesos. Ça ne valait vraiment pas le coup de s'embêter. Burger King avant de repartir, quelques courses pour la traversée. On rentre à l'heure du coucher de soleil sur San Pedro. C'est splendide !

San Pedro

Le Dongle OBD2, la laverie et la tension du départ

Le lendemain, journée off. Adeline est réveillée à 8h30... Échec de grasse matinée. Direction la laverie pour partir avec du linge propre, le bureau de change pour obtenir des bolivianos, puis elle va acheter pour 12 litres d'eau : vu l'altitude qui nous attend dans l'altiplano bolivien, il faut s'hydrater à fond pour contrer le mal des montagnes.

La route des lagunes, c'est un peu un défi, connu comme étant une des traces moto plus rude du monde: 450 km sans station-essence, 4500 mètres d'altitude, du sable profond, des washboard et surtout -8°C la nuit. On a réservé des logements à l'avance, hors de question de dormir dehors. On avait hésité à la faire, mais les paysages s'annoncent incroyables et puis Thomas veut relever le défi juste pour dire "On l'a fait !". Alors on y va, mais ça demande de la préparation.

En fin de journée, on assiste à un coucher de soleil dans le désert et on fait une petite vidéo bilan pour les copains. Des Allemands débarquent en plein milieu de la prise, après plusieurs tentatives on finit par être content du cadre. On rentre finaliser les préparatifs avant le grand départ mais on a une mauvaise surprise en arrivant au logement: le Dongle OBD2 de Thomas est en rade, il n'a plus les données de la moto. Il n'a pas du aimer le lavage au détergeant de l'après midi... Problème : rouler en altitude sans les infos moteur, ce n'est pas idéal. Il cherche à réparer une bonne partie de la soirée, sans succès. Il finit par lâcher l'affaire, tant pis. Les sacoches sont prêtes, le matériel électronique chargé, la trace GPS téléchargée. Il n'y a plus qu'à y aller.


L'entrée en Bolivie

Bon bah c'est parti... Le réveil sonne. La tension est palpable, on ne se le dit pas, mais ça se sent. À 10h, on le plein d'essence des 2 motos et 20 litres en rab, de la nourriture et de l'eau. On est chargé comme des mulets. On parcoure 40 km de goudron pour rejoindre la frontière chilienne. On passe de 2300 à 4200m en 40km, ça grimpe dur. La frontière passe vite côté chilien. Migration bolivienne en deux minutes. La douane prend un peu plus de temps, mais c'est une formalité. On paye le ticket d'entrée du parc, et voilà, on est en Bolivie !

On a le droit a du washboard dès le départ, comme prévu. On s'en sort bien. Les paysages sont incroyables. On est vraiment au milieu de rien... et c'est exactement ce qu'on voulait.


Lagune Chalviri et thermes à 4500 m

On arrive à 14h à la lagune Chalviri, première étape. La piste n'était finalement pas si compliquée, on est soulagé d'être là tôt. L'hôtel qu'on avait repéré nous coûte 500 bols la nuit. Ce n'est pas donné, mais hors de question de dormir dehors avec -8° annoncés.

On pose les affaires et on pique-nique dehors. Les touristes repartent après le déjeuner, on se retrouve presque seul. L'après-midi, on teste les thermes chaudes : 30 bols par personne. Punaise, quel bonheur. L'eau est chaude et transparente, les volcans autour, le cadre est incroyable. On ressort deux heures plus tard. Le soleil se cache... Froid de canard immédiat.

Chalviri
Chalviri 1
Chalviri 2

On commande de l'eau chaude à l'hôtel, 20 bols, ici tout est payant. On prépare des nouilles chinoises pour économiser le repas du soir. Thomas bosse sur un article de blog dans la pièce commune jusqu'à ce que la foule des tours opérateurs débarque vers 18h. Adeline bouquine dans son lit avec trois couvertures. On tente les étoiles vers 22h, mais il fait trop froid pour traîner. Direction le lit, toutes les épaisseurs sur le dos, parce qu'évidement plus d'électricité une fois le soleil couché, donc pas de chauffage.


Laguna Colorado et les flamants roses au bout du washboard

Le lendemain, on attend 10h que le soleil chauffe un peu. Les motos ont pris le givre, les pilotes aussi. Beaucoup de washboard sur le trajet, la piste n'est pas facile, mais on s'amuse bien. Les paysages sont magnifiques, Thomas filme tout ce qu'il peut.

Vers 12h30, on pose les affaires à l'hôtel Arbol de la Piedra. Pas de cuisine le midi, on frappe à la porte d'une autre auberge. Après quelques échanges, ils acceptent de nous faire à manger : 60 bols pour deux, c'est correct. Vers 15h, direction la Laguna Colorado, à 5 km seulement. Sauf qu'on tire pas le bon numéro côté piste, oui parce qu'il y'a tellement de traces qu'il faut choisir, et c'est un peu le loto sur l'état du washboard et la profondeur du sable... Quelle galère ! Et un vent de fou par-dessus le marché.

On arrive 30 minutes plus tard, après quelques coups de chaud. Thomas est obligé de changer sa moto de sens pour pas qu'elle ne se renverse pas à cause du vent. Et là, on les voit... Les flamants roses. Des dizaines voir des centaines. La lagune rouge, les flamants, les volcans derrière. C'était dur, mais le spectacle est incroyable.

Retour à l'auberge par une piste différente : moins de washboard, mais de la pierre. L'enfer. On arrive vers 17h30, il fait déjà froid et il n'y a pas de chauffage sauf un petit poêle dans l'entrée. Un groupe de touristes en 4x4 débarque et se plaint d'avoir froid... On se moque un peu d'eux. On discute avec Alain, un Français qui voyage dans le coin. Dîner à 25 bols par personne, lit à 19h30, lumières éteintes à 20h30. Même à l'hôtel, c'est clairement l'aventure.

juntacha
Laguna colorada
Laguna colorada

L'Arbol de Piedra et la journée la plus dure

Le matin, objectif Villa Alota à 150 km. Après l'Arbol de Piedra, la piste est censée être plus facile. Départ à 9h30 malgré le froid. On retrouve la piste de la veille et on arrive rapidement à la Laguna Colorada. Puis l'Arbol de Piedra.

L'arrivée, c'est un autre univers. Des dunes de sable, de la roche volcanique, des pics partout autour... On se croirait sur Tatooine. On est ému tous les deux. Être là, au milieu de ces grands espaces, c'est indescriptible: l'expérience d'une vie.

Et puis, en théorie, après c'est plus facile. En théorie. En pratique, on en bave toute la journée. Oui, il y moins de pistes défoncées par les 4x4. Oui, il y a moins de washboard, mais du sable et des cailloux non-stop. On chute, on se relève, on cherche le meilleur chemin. C'est l'offroad le plus difficile qu'on ait fait, surtout à cause du vent infernale. À 14h30, pause forcée : barres de céréales, compote, bananes. On prend 30 minutes pour souffler et regarder où on est et on repart.

À 17h30, on arrive seulement à la lagune Hedionda. Il reste 60 km dont 30 km de piste. Sept heures de moto dans les jambes et la nuit qui menace, on s'arrête là. L'hôtel est à 300 $ la nuit. Adeline négocie, on passe de 300 à 200$. On aurait bien aimé l'éviter, mais tant pis on se résigne, on est crevé, physiquement et mentalement. Mais punaise, qu'est-ce que c'était beau. Des nouilles chinoises pour éviter les 40 $ du menu, puis dodo.

Arbol de piedra
Arbol de piedra
Arbol de piedra
lagoon

L'eau dans l'essence et les Boliviens

Dernier jour sur la route des lagunes. Au prix de l'hôtel, on espère que le petit déjeuner sera copieux : il l'est miam. Deux employées veulent une photo avec Thomas, elles trouvent qu'il ressemble à Harry Potter... ce truc le suit depuis la sortie des films il y'a 30 ans...

30 km de piste encore technique, moins de sable mais de la caillasse. Puis le goudron. Soulagement. À Santa Cristobal, l'Himalayan commence à crier famine : plus que 50 km d'autonomie. La station a une queue énorme. Adeline tente de passer devant et en tant qu'étrangère à moto, ca marche.

Cinq minutes plus tard, l'Himalayan s'éteint et refuse de redémarrer. Une voiture s'arrête : il y aurait de l'eau dans l'essence. Merde. Il faut vidanger les deux réservoirs... l'expérience Bolivienne dans toute sa splendeur!

Adeline interpelle un passant pour savoir s'il existe un garage dans les environs et file leur demander si on peut s'installer chez eux. Le garage voiture accepte de nous prêter un bout de son local, ouf, cela nous évite d'avoir à travailler dans la rue. Rodrigo, un habitant du coin, propose de nous fournir de l'essence une fois les réservoirs vidangés. On pousse les motos sur 500 m, dont 300 m de gravier en côte. Rodrigo pousse l'Himalayan en courant pour garder l'élan. Adeline essaye de suivre : l'altitude, le casque, l'équipement... Ça brûle les poumons.

Au garage, on vide facilement le réservoir d'Adeline. C'est confirmé: mi eau, mi essence. Celui de Thomas est plus compliqué à vider, il faudrait démonter tout l'arrière... on décide de la siphonner avec une pompe. Les mécanos et la femme du mécano s'y mettent sans qu'on leur demande rien. Pompe, pince, tissu et c'est parti. À 17h30, tout est prêt. On remplit avec l'essence de Rodrigo... et les motos ne démarrent pas: il y a de l'eau dans les injecteurs.

eau
eau

On écrit à Gaétan en France, il est minuit là-bas. Tous les mécanos sont autour des motos à aider Thomas. La technique qu'ils conseillent est identique à celle de Gaétan. Une heure de travail collectif, on finit par tout purger, pompes à essences, injecteurs, bougies, et puis... ça démarre. Soulagement total.

Trop tard pour Uyuni. On prévient l'hôtel, et les mécanos nous indiquent un endroit pour dormir. La propriétaire du garage propose de laisser les motos pour la nuit. On accepte et on file s'écrouler. La Bolivie commence fort, mais grâce à cette galère on a découvert les Boliviens : Rodrigo, les mécanos, la propriétaire du garage. Une gentillesse constante, sans qu'on ait rien demandé. En rentrant à l'hôtel, la douche est bouchée. Thomas commence à vider l'eau du bac avec un verre... Décidément, un truc avec l'eau aujourd'hui.

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