
Quebrada, Iruya et les adieux argentins
« On avait l'impression de quitter Narnia. En ressortant par la même porte. »
Huit jours pour traverser le nord-ouest argentin de Salta à San Pedro de Atacama. La Quebrada de las Conchas, Cafayate, la route 40 en ripio, Iruya suspendu dans la montagne et le Paso Jama pour finir. C'est le meilleur de ce que l'Argentine a à offrir, et c'est aussi le chapitre des adieux.
La Quebrada de las Conchas depuis Salta
À la Moto Posada de Matias, le réveil est laborieux. Le corps garde la mémoire des 130 km de piste de la veille. On traîne, on papote avec Matias, il nous propose son karcher pour laver les motos et on finit par décoller à midi, pas très grave, on est pas spécialement pressé aujourd'hui. On a prévu une petite étape de route jusqu'à Cafayate.
La première partie de la route 68 est bouchonnée et sans grand intérêt. Puis la Quebrada de las Conchas s'ouvre. Un canyon de pierres rouges qui surgit de nulle part. Les gorges du Diablo d'abord, puis un amphithéâtre naturel taillé dans la roche. Des formations qu'on n'aurait pas inventées. Il fait très chaud et on s'arrête souvent pour prendre des photos. On arrive à Cafayate vers 17h30. On décide de rester deux nuits.



Cafayate : les trucs qui s'accumulent
Huit jours de moto non-stop, deux cols à plus de 4000 m et une piste nocturne: on a besoin de souffler. Au programme de la journée de repos : commande Amazon pour que les parents d'Adeline ramènent quelques affaires à leur arrivée prochaine au Pérou, montage vidéo pour Thomas, impôts pour les deux. Les trucs pratiques du voyage qu'il faut bien gérer à un moment. Adeline fait un tour de la place centrale, c'est assez charmant. Thomas travaille tard. Le soir, on décide d'aller dîner à El Horristo sur recommandation de Matias. On est les seuls clients. C'est correct sans plus, on n'en attendait pas plus de la gastronomie Argentine.
La route 40 en ripio et la Quebrada de las Flechas
Depuis Cafayate, 27 km d'asphalte puis la route 40 cesse d'être pavée. Le pompiste nous a prévenu que la piste peut être compliquée, on verra. Le chemin alterne entre washboard, pierre et sable. Premier passage de sable mou : Adeline s'enlise un peu, un coup de gaz et ça repart.
La Quebrada de las Flechas arrive rapidement. Des formations rocheuses gigantesques qui surgissent de la piste comme si elles voulaient en bloquer l'accès. C'est incroyable. On avance bien malgré les passages de sable imprévus. Après 100 km de piste, on s'arrête à l'heure du déjeuner sur la place centrale de Molinos, un village perdu en plein milieu de nulle part. On se demande toujours comment les gens font pour vivre ici. On poursuit jusqu'à Cachi pour faire le plein. Le pompiste conseille de ne pas aller plus loin aujourd'hui : la piste ver Abra del Acay après est dure, et avec le vent il vaut mieux passer le col le matin. On une réservation à la Poma, juste avant, ça tombe bien.
On arrive à La Poma en fin d'après-midi. Le village est posé dans un cirque de montagne à couper le souffle. On se fait contrôler à l'entrée par la police locale, première fois du voyage, rien à signaler. Arrivés au logement, Thomas fait l'entretien des motos à la frontale pendant qu'Adeline découvre qu'elle a perdu une tong... Encore. Nouilles chinoises dans la chambre, et dodo. On est crevés, mais qu'est-ce que c'était beau.
Col à 4800 m, Salinas Grandes et Purmamarca
Le lendemain, départ sous le givre. Les motos étaient couvertes de cristaux au réveil, ça donne le ton. La route 40 vers Purmamarca monte jusqu'à 4800 m d'altitude, et la piste n'a rien à voir avec le Paso Agua Negra : des segments carrément détruits, des gués dont deux vraiment tricky. Adeline chute une fois, sans gravité. La gestion de l'embrayage dans les passages difficiles, c'est encore perfectible. Avec de la patience, on arrive au sommet. Le vent en pleine face, le froid, et une vue incroyable. On ne traîne pas trop.
Il nous aura fallu quatre heures pour faire 91 km. On arrive à San Antonio affamés et on se fait un vrai repas. L'après midi, on continue sur le ripio mais c'est beaucoup plus facile que le matin. On a 79 km jusqu'aux Salinas Grandes. On tombe dessus un peu par hasard et on doit dire qu'on est impressionné: un désert de sel blanc à perte de vue, très touristique, mais le détour vaut le coup. On décline la photographe qui propose ses services à 12 000 pesos par personne. Trop cher.
Puis, pour clôturer la journée, on prend la route 52 vers Purmamarca; Il s'agit d'une route en goudron mais la circulation est dense. Thomas frôle l'accident en doublant un bus... la voiture de derrière à eu la même idée, mais on arrive entiers. On est un peu déçu par Purmamarca : la ville est jolie en photo, mais en pratique c'est un piège à touristes. Circulation compliquée, pas de garage au logement qu'on a choisi, pas de cuisine, pas de wifi. Les motos passent la nuit dehors avec les antivols, on n'aime pas trop ça!



Hornocal et la route vers Iruya
Le matin, tout va de travers. L'eau chaude pour le thé ne vient jamais, la boulangerie d'en face n'a ni viennoiseries ni café, la machine est cassée. La ville nous oppresse. On charge les motos et on fuit. On tombe sur un café à la sortie : café et croissants jambon-fromage, ça remet d'aplomb.
Direction Hornocal, la montagne aux 14 couleurs. La piste d'accès est facile, c'est un lieu très prisé. En chemin, on croise trois motards : deux Brésiliens et un Français qui viennent de Cachi. Ils nous demandent ce qu'il y a au sommet et décident finalement de nous suivre. C'est incroyable. Des strates de couleurs qui strient la montagne sur des centaines de mètres de hauteur. 2000 pesos l'entrée, 1000 pesos les toilettes, tout est monnayé. On achète une tortilla pour se réchauffer, on fait les photos, on discute avec les trois motards. Ils vont aussi à Iruya. Rendez-vous là-bas pour une bière.
Depuis Iturbe, c'est 46 km de piste pour accéder à Iruya. En toute objectivité, la piste est facile. Mais c'est long. Des virages serrés, ça monte puis ça descend pendant des kilomètres. Il commence à faire froid et on en a un peu marre.

Iruya : le village du bout du monde
On se trompe de passage à l'arrivée. On emprunte une route pavée qui monte raide, et ce n'est pas la bonne. Impossible de faire demi-tour moteur allumé : on retourne les motos à la main. La descente est impressionnante, mais ça passe. On contourne la colline et on arrive du bon côté.
Arrivés au logement, on décide de garer les motos au garage de l'hostel qui se trouve en bas de la côte qu'on vient de monter. On redescend donc une nouvelle fois. Ce n'est pas pratique, mais avec le froid qui tombe, on préfère mettre les motos à l'abri. On en profite pour nettoyer les chaînes et les filtres. En sortant du garage, il neige. De la pluie-neige, quelques flocons. What the fuck.
On retrouve les trois motards au restaurant pour dîner. Ce n'est pas bon pour le budget, mais c'est sympa de partager un moment de convivialité avec d'autres voyageurs. Il fait un froid glacial en sortant, mais la ville incrustée dans la falaise mérite d'être vue de nuit.
Le dimanche matin, on se lève à 8h45 pour sortir les motos du garage : il y a un tournoi de foot et ils ont besoin du local. On est impressionné par le nombre d'équipes dans ce village perdu dans les Andes. Iruya est enclavée avec une seule voie d'accès. Il n'est pas possible d'aller plus loin, et pourtant, il y a du monde et l'endroit est touristique.
Thomas se recouche avec un mal de crâne pendant qu'Adeline planifie la suite : San Pedro de Atacama, la route des lagunes, l'huile pour les vidanges, les pesos boliviens à trouver etc. On profite du soleil sur la terrasse pour préparer la suite du voyage, c'est plutôt très agréable. Le cadre est incroyable, et la météo clémente. Par contre dès que le soleil disparait, il vaut mieux se mettre au chaud.

Les adieux à l'Argentine
On quitte Iruya par les 50 km de piste qu'on a pris 2 jours plutôt. En ressortant sur la route 9, on a l'impression d'avoir passé 48 heures dans un village féerique et d'en ressortir par la même porte. Quelque chose reste là-haut.
On s'arrête à Abra Pampa pour déjeuner et on n'a plus l'impression d'être en Argentine. Les visages des gens, la pauvreté de la ville, les infrastructures : on a déjà l'impression d'avoir changé de pays, comme si la Bolivie avait commencé sans qu'on franchisse de frontière. On s'arrête dans un petit boui-boui : 7000 pesos par personne, et c'est délicieux. Il aura fallu attendre le grand nord argentin pour bien manger.
L'Argentine, c'est un pays abîmé. L'économie ne fonctionne pas, ça se voit dans les villes, dans les commerces, dans les routes. Mais les paysages sont à couper le souffle et les gens sont d'une gentillesse constante. On y aura passé trois mois. C'est une grosse part du voyage, alors à la veille de franchir une dernière fois la frontière direction le Chili, on a un vrai pincement au cœur.

Paso Jama et San Pedro de Atacama
Le 12 mai, les motos affichent 2°C au départ. On est bien couverts, heureusement, parce qu'il fait un froid de canard. À la station essence, plus de pesos : on paie en dollars. Elle chipote un peu sur les billets, mais on s'arrange. Il nous faudra plus d'une heure pour passer la douane, il y a du monde et ça n'avance pas vite.

On passera ensuite plus de deux heures à 4500 m d'altitude. Des lagunes turquoises au milieu de déserts de sel, quelques flamants roses qui semblent incongrus dans ce paysage lunaire, des volcans qui bouchent l'horizon. Thomas est scotché. On a très froid mais c'est waouh. On redescend 2000 m en 40 km jusqu'à San Pedro de Atacama. La vague de chaleur dans la tronche à l'arrivée fait presque bizarre.
La ville sort du désert entourée de volcans. C'est beau, c'est inattendu. On s'arrête déjeuner, 7500 pesos chiliens pour le menu du midi. On a pris un Airbnb pour trois jours : un appartement entier, un canapé, une table, une cuisine, on apprécie cette parenthèse. Les vidanges, l'entretien des motos et la préparation de la route des lagunes boliviennes peuvent commencer.

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